Une dizaine de jours avant d’annoncer les mesures du deuxième plan de rigueur, le Premier Ministre François Fillon affirmait encore qu’il n’était pas question de relever le taux de TVA dans la restauration, si chèrement acquis à coups d’avantages sociaux qui ont mis la restauration française au même niveau que les autres secteurs d’activité, lui conférant indéniablement ce supplément d’attractivité, dont elle avait grand besoin.
Répit de courte durée, puisque l’article 11 du 2ème plan de rigueur, prévoit l’instauration d’un taux réduit de TVA à 7 %, qui s’appliquera à l’ensemble des biens et services actuellement soumis au taux réduit de 5,5 %.
Encore heureux que cette hausse frappe uniformément toutes les formes de restauration, y compris la vente à emporter !
Au-delà de la hausse de 1,5 % du taux réduit, qui n’est évidemment pas catastrophique pour la restauration, du moins en termes chiffrés, ce sont les aspects psychologiques qui interpellent car un récent sondage effectué par un quotidien régional auprès de ses lecteurs atteste que la restauration n’a pas précisément une bonne image auprès de ses clients ou ceux en puissance de l’être.
Les raisons, on ne les connaît que trop ! Depuis l’entrée en vigueur du taux réduit de 5,5 %, les médias se sont acharnés à démontrer que la restauration ne tenait pas ses engagements en matière de baisse de prix, une propension d’autant plus encouragée, que toutes les organisations professionnelles confondues ont répondu mollement à des attaques largement injustifiées. Ce n’était pas dans les journaux professionnels qu’il fallait s’indigner –ils ne sont pas lus des clients- mais en suscitant le débat avec les médias accusateurs et sur le net, puisque c’est là que s’organisent les nouveaux forums.
En deux ans, la restauration a consenti un effort sans précédent dans le domaine social, avec de nombreux et nouveaux avantages, des hausses de salaire qui situent la profession en tête du hit-parade des métiers de l’alimentation et du commerce et de nombreuses embauches, dans un contexte de crise et de chômage récurrents. Qui peut-en dire autant ?
Enfin, et on ne le répètera jamais assez, pendant que d’autres secteurs d’activités ont détruit des milliers d’emplois, la restauration qui n’a pas été épargnée par la crise a pu, grâce au taux réduit de TVA, éviter le dépôt de bilan à un grand nombre d’entreprises.
Alors qu’en sera-t-il en 2012, notamment après les échéances électorales ? Passé le mois de décembre et la trêve des confiseurs, les difficultés économiques vont repartir et affecter de plus belle le moral des Français.
La gauche hollandaise a déjà annoncé la couleur, le taux réduit de TVA accordé à la restauration est considéré comme une niche fiscale et sera relevé, dans quelle proportion, on ne le sait pas encore !
A droite de nombreuses voix parlementaires s’élèvent pour abonder dans le même sens, à commencer par le ministre des finances, François Baroin !
Les présomptions d’une nouvelle augmentation du taux de TVA au lendemain des présidentielles sont donc parfaitement fondées, quel que soient les résultats des élections, car la crise ne s’envolera pas comme par miracle au premier semestre 2012.
Les abattements de charges, en attendant l’instauration d’une TVA sociale, nous paraissaient mieux appropriés. Gros pourvoyeur de main d’œuvre avec des pourcentages de salaires et charges sociales oscillant entre 35 et 50 % et même au-delà pour le secteur gastronomique, la restauration aurait tout à gagner d’une TVA sociale , qui
consiste à réduire les coûts de production, à les remplacer par des taxes sur la consommation et à pénaliser les produits importés à l’avantage de ceux fabriqués dans le pays.
Ce serait la meilleure issue, car si demain, comme certains le préconisent, la TVA dans la restauration devait passer à 15 %, voire à 19 %, le contrat d’avenir aura été un marché de dupes et du coup de canif on passera au coup de Jarnac !
Ce n’est pas ainsi qu’on stimulera cette croissance qui nous boude si ostensiblement et qui demeure la condition sine qua non pour sortir le pays du marasme.
Le Président,
Roger SENGEL